Promesse d'embauche : modèle, valeur juridique et rétractation
Une promesse d'embauche engage l'employeur bien plus qu'il ne le croit. Depuis deux arrêts de la Cour de cassation du 21 septembre 2017, le même document peut être une simple offre de contrat de travail, rétractable, ou une promesse unilatérale de contrat qui vaut déjà embauche. Voici la différence, ce que risque celui qui se rétracte, et un modèle de promesse d'embauche CDI à télécharger.
Qu'est-ce qu'une promesse d'embauche ?
La promesse d'embauche est l'écrit par lequel un employeur annonce à un candidat qu'il retient sa candidature, avant que le contrat de travail ne soit signé. Elle sert à figer un accord : le recrutement est décidé, mais l'entrée en fonction est encore lointaine, le contrat n'est pas rédigé, ou le candidat doit d'abord démissionner de son poste actuel.
L'expression n'existe dans aucun article du Code du travail. C'est un usage, que la jurisprudence a fini par ranger dans deux catégories du droit des contrats. Et ces deux catégories n'ont pas du tout les mêmes conséquences pour l'entreprise. C'est tout l'enjeu de cette page.
Offre de contrat ou promesse unilatérale : deux actes très différents
Jusqu'en 2017, la Cour de cassation considérait qu'une promesse d'embauche précisant l'emploi et la date d'entrée en fonction valait contrat de travail. La règle était simple, et brutale pour l'employeur. Les arrêts du 21 septembre 2017 (n° 16-20.103 et 16-20.104) ont abandonné cette solution pour aligner le droit du travail sur la réforme du droit des contrats. Depuis, il faut distinguer.
L'offre de contrat de travail
L'employeur exprime sa volonté d'être lié si le candidat accepte. Tant que le candidat n'a pas reçu l'offre, elle se rétracte librement. Une fois reçue, l'employeur peut encore la retirer avant l'expiration du délai qu'il a fixé — ou, à défaut, d'un délai raisonnable. Cette rétractation empêche la formation du contrat, mais elle engage sa responsabilité : le candidat peut obtenir des dommages et intérêts pour le préjudice subi, pas une indemnité de licenciement.
La promesse unilatérale de contrat de travail
L'employeur ne propose plus : il accorde au candidat un droit d'option. L'emploi, la rémunération et la date d'entrée en fonction sont arrêtés, et il ne manque plus que le consentement du bénéficiaire pour que le contrat existe. L'article 1124 du Code civil est ici sans ambiguïté : la révocation de la promesse pendant le temps laissé au candidat pour opter n'empêche pas la formation du contrat promis. Autrement dit, le contrat de travail se forme malgré le retrait de l'employeur, et la rupture s'analyse en licenciement sans cause réelle et sérieuse.
Ce qui qualifie l'acte, c'est son contenu, jamais son titre. Un document intitulé « promesse d'embauche » peut n'être qu'une offre de contrat, et un simple courriel très précis peut constituer une promesse unilatérale. Le juge lit ce qui est écrit, pas l'en-tête.
Les trois éléments essentiels d'une promesse d'embauche
Trois mentions reviennent systématiquement dans la jurisprudence, et ce sont elles qui donnent sa force à l'acte : l'emploi proposé, la rémunération et la date d'entrée en fonction. Dès qu'elles sont déterminées et qu'il ne manque plus que l'accord du candidat, l'employeur est sur le terrain de la promesse unilatérale.
C'est un point contre-intuitif pour beaucoup de recruteurs : plus le courrier est précis et professionnel, plus il engage. Un employeur qui souhaite garder une marge de manœuvre doit donc écrire une offre, l'annoncer comme telle, et y fixer un délai.
Quelle est la valeur juridique d'une promesse d'embauche ?
La réponse dépend de la qualification, et se résume en une phrase : une offre de contrat de travail peut être retirée, une promesse unilatérale acceptée vaut contrat de travail. La valeur d'une promesse d'embauche n'est donc pas la même selon la façon dont elle a été rédigée — d'où l'intérêt de choisir sa formulation en connaissance de cause plutôt que de reprendre un modèle trouvé au hasard.
| Offre de contrat de travail | Promesse unilatérale | |
|---|---|---|
| Nature | Proposition ferme, en attente d'acceptation | Droit d'option accordé au candidat |
| Retrait avant réception | Libre | Libre |
| Retrait pendant le délai | Le contrat ne se forme pas | Le contrat se forme quand même |
| Sanction du retrait | Dommages et intérêts | Licenciement sans cause réelle et sérieuse |
| Intérêt pour l'employeur | Garder une marge de manœuvre | Sécuriser un candidat qui va démissionner |
Modèle de promesse d'embauche à télécharger
Notre modèle contient deux trames distinctes — une offre de contrat de travail et une promesse unilatérale — pour que vous choisissiez celle qui correspond à votre intention, ainsi qu'un modèle de réponse d'acceptation à transmettre au candidat. Les repères juridiques sont rappelés en fin de document, avec les références des textes.
Exemple de promesse d'embauche en CDI
Voici la structure type d'une promesse d'embauche CDI, dans sa version la plus courante. Le modèle téléchargeable la reprend avec les variantes et les champs à compléter.
Exemple — offre de contrat de travail à durée indéterminée
Madame, Monsieur,
À la suite de nos entretiens, nous avons le plaisir de vous proposer un poste de [intitulé du poste] au sein de notre société, en contrat à durée indéterminée.
Le poste est basé à [lieu de travail], pour une durée de travail de [durée hebdomadaire]. La rémunération brute annuelle s'élèverait à [montant] euros, versée sur douze mois. Votre entrée en fonction est envisagée le [date], sous réserve de votre acceptation. Une période d'essai de [durée] serait applicable.
Cette proposition est valable jusqu'au [date limite]. Passé ce délai, et sans réponse écrite de votre part, elle sera considérée comme caduque.
Nous restons à votre disposition et espérons vivement vous compter parmi nous.
Fait à [ville], le [date] — [nom, fonction, signature]
Comment formuler une promesse d'embauche ?
Aucun formalisme n'est imposé par la loi. En pratique, une promesse d'embauche bien rédigée comporte sept éléments.
- L'intitulé du poste, et si possible la qualification ou le coefficient de la convention collective. Une reprise fidèle de la fiche de poste évite les malentendus sur le périmètre réel des missions.
- La rémunération : montant brut, périodicité, et le cas échéant la part variable et ses conditions de déclenchement.
- La date d'entrée en fonction, ou à défaut la façon dont elle sera arrêtée.
- Le lieu de travail et le rattachement hiérarchique.
- Le type de contrat et la durée du travail : contrat à durée indéterminée ou déterminée, temps plein ou temps partiel.
- La période d'essai. Elle ne se présume pas : l'article L1221-23 du Code du travail impose qu'elle soit expressément stipulée dans la lettre d'engagement ou le contrat de travail. Une promesse silencieuse sur ce point prive l'employeur de sa période d'essai si le contrat écrit n'intervient qu'après l'entrée en fonction.
- Le délai de réponse et le sort du silence du candidat.
Pour un CDI, les durées maximales de période d'essai sont de deux mois pour les ouvriers et employés, trois mois pour les agents de maîtrise et techniciens, quatre mois pour les cadres (article L1221-19). Le renouvellement n'est possible qu'une fois, et seulement si un accord de branche étendu le prévoit (article L1221-21).
Un e-mail vaut-il promesse d'embauche ?
Oui. Rien n'impose la lettre recommandée ni même le papier : un courrier électronique suffit dès lors qu'il contient les éléments essentiels. C'est la principale source de mauvaises surprises pour les employeurs, car un message envoyé le soir d'un entretien pour « confirmer les termes évoqués » peut suffire à engager l'entreprise.
L'écrit reste vivement recommandé, mais pour une autre raison : la preuve. Un accord verbal peut valoir promesse d'embauche, encore faut-il pouvoir le démontrer. Écrire protège les deux parties, à condition d'écrire ce que l'on veut vraiment dire.
Le délai de réponse et le silence du candidat
Fixez toujours une date limite, et dites ce qu'il advient à son expiration. Sans délai exprès, l'employeur reste tenu pendant un délai raisonnable, notion appréciée au cas par cas par le juge : c'est une incertitude qu'il est facile d'éviter en écrivant une date.
Une à deux semaines constituent un usage courant, à moduler selon le préavis que le candidat doit poser chez son employeur actuel. Précisez enfin que l'absence de réponse écrite dans ce délai rend la proposition caduque : cela évite d'avoir à démontrer, plus tard, que l'on s'estimait délié.
Rompre une promesse d'embauche : ce que risque l'employeur
Une promesse d'embauche non tenue ne renvoie pas à une sanction unique. Là encore, tout dépend de ce qui a été écrit.
- Offre de contrat retirée avant réception — aucune conséquence. Tant que le candidat n'a pas reçu le courrier, l'employeur peut se rétracter librement : l'offre n'a jamais produit d'effet.
- Offre retirée après réception, dans le délai — le contrat ne se forme pas, mais l'employeur engage sa responsabilité extracontractuelle. Le candidat doit prouver son préjudice : démission actée, déménagement engagé, autre proposition refusée.
- Promesse unilatérale révoquée pendant le délai d'option — le contrat est formé. La rupture s'analyse en licenciement sans cause réelle et sérieuse, indemnisé selon le barème de l'article L1235-3 du Code du travail, auquel s'ajoutent l'indemnité de préavis et l'indemnité compensatrice de congés payés.
Un cas mérite d'être connu : la promesse unilatérale acceptée fait naître un contrat de travail, mais le salarié n'ayant aucune ancienneté, l'indemnisation reste plafonnée. Cela ne rend pas la rétractation anodine pour autant, car s'y ajoutent le coût du contentieux et l'atteinte à la réputation de l'entreprise auprès des candidats.
Et si c'est le candidat qui se rétracte ?
La situation est symétrique, et beaucoup de candidats l'ignorent. Tant qu'il n'a pas accepté, un candidat est libre : il peut décliner sans se justifier, et sans conséquence. En revanche, s'il a accepté une promesse unilatérale, le contrat de travail existe. Se raviser revient alors à ne pas se présenter à son poste, ce qui peut donner lieu à des dommages et intérêts si l'employeur démontre un préjudice.
En pratique, la voie propre consiste à rompre pendant la période d'essai, si elle a été prévue, ou à démissionner en respectant le préavis applicable. C'est aussi la raison pour laquelle un employeur a tout intérêt à stipuler une période d'essai dans sa promesse : elle protège les deux parties.
Pourquoi un candidat demande une promesse d'embauche
La demande n'a rien d'une manœuvre : elle répond presque toujours à une démarche administrative qui exige une preuve d'emploi à venir.
- Démissionner de son poste actuel sans attendre la signature du contrat. C'est le motif le plus fréquent, et le plus légitime.
- Un dossier de location ou une demande de prêt bancaire, où le bailleur ou la banque réclame un justificatif de revenus futurs.
- Une demande de titre de séjour ou d'autorisation de travail pour un ressortissant étranger : le document fait partie des pièces attendues par l'administration.
- Une inscription en formation ou une rupture conventionnelle en cours, où la suite du parcours doit être justifiée.
Répondre favorablement coûte peu et sécurise le recrutement. Mais il faut alors mesurer le degré d'engagement que l'on prend, plutôt que de signer un modèle générique sans le lire.
Les erreurs qui coûtent cher
La plus fréquente consiste à envoyer un message très détaillé « pour rassurer le candidat », en pensant qu'il ne s'agit que d'une formalité. Poste, salaire et date d'entrée réunis, l'employeur vient d'écrire une promesse unilatérale.
La deuxième : omettre le délai de réponse, et laisser un candidat revenir six semaines plus tard en se prévalant du document. La troisième : oublier la période d'essai, qui ne se présume pas. La quatrième : promettre sous une condition qui n'est pas écrite — un budget à valider, un accord de la direction — alors qu'une condition non exprimée ne se plaide pas. La cinquième : recopier un modèle de promesse d'embauche sans savoir s'il s'agit d'une offre ou d'une promesse unilatérale.
Après la promesse : les étapes jusqu'au contrat
Une promesse acceptée ne dispense de rien. Le contrat de travail écrit reste obligatoire pour un CDD, un temps partiel ou un contrat d'apprentissage ; il est de toute façon recommandé pour un CDI à temps plein, ne serait-ce que pour porter les clauses de confidentialité, de mobilité ou de non-concurrence. La déclaration préalable à l'embauche, elle, doit être adressée à l'URSSAF dans les huit jours qui précèdent l'entrée en fonction.
Côté organisation, la période qui sépare la promesse de l'arrivée est celle où l'on perd le plus de candidats. Garder la trace de chaque échange, savoir quel document a été envoyé et quand, relancer au bon moment : c'est exactement ce que suit un logiciel de recrutement, en cabinet comme en service RH.
Promesse d'embauche et non-discrimination
Retirer une proposition n'est jamais neutre juridiquement, et le motif du retrait compte. L'article L1132-1 du Code du travail interdit d'écarter un candidat en raison de son origine, de son sexe, de son âge, de son état de santé, de sa situation de famille, de sa grossesse ou de tout autre critère protégé. Une rétractation survenant juste après l'annonce d'une grossesse ou d'un arrêt maladie sera examinée sous cet angle.
La protection est renforcée par un aménagement de la preuve : le candidat présente des éléments laissant supposer une discrimination, et il revient à l'employeur de démontrer que sa décision reposait sur des éléments objectifs. D'où l'intérêt d'une trace écrite des critères d'évaluation, construite dès l'entretien structuré et conservée avec les autres pièces du dossier, dans le respect du cadre RGPD applicable aux données des candidats.
Questions fréquentes sur la promesse d'embauche
Quelle est la valeur d'une promesse d'embauche ?
Elle dépend de la rédaction : une offre de contrat peut être retirée avant acceptation, une promesse unilatérale acceptée vaut contrat de travail.
Est-il possible de rompre une promesse d'embauche ?
Oui, mais le coût varie. Retirer une offre avant sa réception est sans conséquence ; révoquer une promesse unilatérale pendant le délai d'option n'empêche pas la formation du contrat.
Comment formuler une promesse d'embauche ?
En indiquant le poste, la rémunération, la date d'entrée en fonction, le lieu, le type de contrat, la période d'essai et le délai de réponse.
Est-ce qu'un mail vaut promesse d'embauche ?
Oui, s'il contient les éléments essentiels. C'est le contenu qui qualifie l'acte, jamais son titre.
Quelle est la durée de validité d'une promesse d'embauche ?
Celle que l'employeur a écrite. À défaut, l'engagement court pendant un délai raisonnable apprécié par le juge.
Pourquoi demander une promesse d'embauche ?
Pour démissionner avant la signature du contrat, constituer un dossier de location ou de prêt, ou justifier d'un emploi à venir auprès de l'administration.
Sources & textes de référence
- Cour de cassation, chambre sociale, 21 septembre 2017, n° 16-20.103 et n° 16-20.104 — legifrance.gouv.fr
- Code civil, article 1124 (promesse unilatérale) — legifrance.gouv.fr
- Service-public.fr — Offre de contrat de travail et promesse d'embauche unilatérale (fiche F10403) — service-public.gouv.fr
- Code du travail numérique — Rédiger une offre ou une promesse de contrat de travail — code.travail.gouv.fr
- Code du travail, articles L1132-1, L1221-19, L1221-21, L1221-23 et L1235-3
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Cet article est fourni à titre d'information générale et ne constitue pas une consultation juridique. Dernière mise à jour : 4 septembre 2026.
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